Parler des vécus liés au racisme, au trauma racial, c’est important pour visibiliser, donner à voir une réalité qui nous concernent toustes.






Du trauma racial au soin
Le trauma racial désigne la détresse psychologique et émotionnelle vécue par des individus ou des communautés à cause d’actes de racisme, et de l’oppression systémique basée sur la race. C’est une forme de traumatisme qui découle de l’exposition persistante au racisme sous différentes formes, individuelles, organisationnelles, systémiques.
A la même époque, il y a un an, j’ai participé à une émission de radio sur la colère, pour partager sur la violence et la souffrance liée au racisme, pour libérer de la parole sur ce qu’il fait sur le quotidien.
C’était un espace réservé aux personnes concernées directement par le racisme, à celles qui subissent préjugés raciaux, agressions racistes, qu’elles soient verbales, physiques, culturelles (appropriation, déni, inégalité, exclusion, discrimination…).
Idéalement, j’aimerai pouvoir parler de mon vécu du racisme avec toute personne. Mais dans la réalité, ce qui me mets en sécurité émotionnelle, c’est d’être écoutée, activement, avec ouverture et curiosité, sans que ma réalité ne soit remise en question, niée, minimisée, normalisée, ou encore ramenée à des perceptions. Celui ou celle qui ne le vit pas, si il/elle ne se décentre pas, peut avoir un comportement qui vient distordre la réalité de racisme vécu. Tandis qu’un accueil, un soutien émotionnel et compréhensif, serait plus que bienvenu.
Depuis cette émission, je participe ponctuellement à une permanence mensuelle en non-mixité, entre personnes concernées par le racisme. Nous cherchons ensemble, régulièrement, comment nous soutenir, identifier ensemble les contours du racisme, relever l’inacceptable, garder la tête haute, face à des réalités, auxquelles on fait face, ou non, explicitement ou non, consciemment ou non.
Se décentrer, agrandir son regard sur le racisme
Une de nous jouait dans le spectacle de Rébecca Chaillon « Une carte noire nommée Désir » début janvier 2025. Quand elle nous a invité à prendre des places pour les dernières représentations, nous avons été plusieurs à répondre un grand OUI !
J’y suis allée avec un mélange d’appréhension mais aussi avec la joie de se retrouver pour ce temps fort. La peur vient du corps, de la connaissance du trauma racial, faut-il se retrouver confronté à la violence du racisme durant près de 3h de représentation ?
Ce soir là, je n’ai pas vu le temps passer. J’ai été très profondément touchée et bluffée par l’entrelacement de vécus sensibles de ces huit femmes noires, afro-descendantes, mis en scène, représentés avec la brutale « banalité » de l’ordinaire, de ce à quoi elles se confrontent, au quotidien. Ces vécus sont reliés à une dimension collective, systémique, c’est la force de ce que donne à voir cette représentation. Elle nous mets en face de points de vue qu’il m’apparaît précieux d’entendre, de sentir, d’éprouver. A travers l’indignation passent une multitude d’autres sentiments. Je perçois de l’amour de soi, de la dignité, de la justice, de la grâce, de liberté folle pour incarner, humaniser, porter attention et soin à ces histoires, ce trauma racial transgénérationnel qui nous concerne toustes. Apprendre à mieux l’identifier, à travers le témoignage ou l’expérience, offrir de l’espace pour écouter, interroger, réfléchir à d’autres façons de comprendre. Pour ensuite imaginer, repérer de nouvelles possibilités d’action, à commencer par ne pas nuire, ne pas reproduire ce qui fait souffrir.
Un ami se demande si l’expression de vécus singuliers inspire et fait bouger les spectateur.ices.
Comment savoir ?
Si je commence par regarder ce qui bouge en moi et que je le partage, je participe au mouvement des lignes qui bougent.
Je me sens bougée dans mon chemin intérieur, ma connaissance du racisme, oui je me relie à la plus grande Histoire. Je m’ouvre un pas de plus dans une voie multifacettes à poursuivre : celle de dire et réaffirmer un désir d’égalité. Comme le dit Eric Fassin, sociologue, « cette jouissance de l’égalité n’est pas réservée aux personnes qui subissent la domination : telle est la condition de possibilité d’alliances, au-delà de l’appartenance à une catégorie ou une autre. Nous pouvons avoir ce désir politique en commun.«
Nourrir l’auto-guérison collective
Si cette auto-guérison collective, reliée à soi, à l’autre, au monde, aux ancêtres, aux enfants, porte attention, reflète, accueille la douleur du racisme au diapason d’autres douleurs, alors nous tisserons, les uns en soutien, en écho aux autres…un mouvement de soin et de regénération.
Il me semble, ces jours, que nombreux.ses sont celleux qui acceptent d’être transformé.e.s en rhinocéros (photo 6). Ce livre a marqué ma scolarité. Il dénonce la passivité des gens face à la domination. Il parle aussi de collaboration.
C’est pourquoi il me semble important d’écrire, de dire, redire, autant de fois que nécessaire : le désir d’égalité nous concerne toustes.
🖐🌱
Soo-ah
/27 janvier 2025
• Photo 1 : photo prise lors de l’émission de radio « La collective » sur la colère par des personnes racisées.
• Photo 2 : croquis spontané lors de la même émission
• Photo 3 : permanence mensuelle en non-mixité.
• Photo 4 : photo du spectacle de Rébecca Chaillon « Une carte noire nommée désir »
• Photo 5 : Extrait de la revue « La nuit » comment faire pour que l’égalité vive dans nos actes.
• Photo 6 : couverture du livre « Rhinocéros » de Ionesco.
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