
A toi qui cherche un endroit où reposer le cœur
Il y a cent ans, en Corée, un homme s’est levé pour dire quelque chose de simple et grand à la fois.
Il s’appelait Bang Jeong Hwan (방정환).
Il n’était ni roi, ni guerrier.
C’était un écrivain, un éducateur, engagé pour les droits des enfants. Il avait un amour sincère. Il les voyait comme des personnes entières, pas comme des êtres à façonner ou à faire taire. À l’époque, en 1923, ce n’était pas si courant alors que les enfants étaient considérés comme des êtres inférieurs et se trouvaient souvent traités de manière injuste.
La Corée vivait sous occupation japonaise.
Il y avait peu d’espace pour rêver.
Encore moins pour imaginer un monde plus doux pour les plus jeunes.
Bang Jeong Hwan a inventé un mot : 어린이 (« eorini »).
Un mot pour dire “jeune personne avec les mêmes droits que les adultes”.
Il a aussi écrit une « lettre ouverte aux adultes » pour dire :
- Les enfants ne sont pas la propriété de leurs parents, ni des outils pour l’État.
- Ils ont une voix. Une dignité. Une vie qui leur appartient.
- les enfants sont l’avenir, il demande de ne pas les mépriser, de s’adresser à eux avec douceur et respect, de les honorer
- les enfants qui grandissent dans le respect des autres seront, plus tard, respectueux envers les autres.
Il a ensuite proposé une journée pour honorer cela : 어린이날 (« Eorininal ») — la Journée des Enfants.
Ce n’est pas une journée pour offrir des bonbons, mais pour reconnaître l’humanité pleine et entière des enfants.
Une façon unique de ressentir, d’aimer, de poser des questions.
Leur droit de rêver, même quand le monde va mal.
Et aujourd’hui, en Corée, en France et ailleurs ?
L’intention de Bang Jeong Hwan a continué de traverser les générations, la journée des enfants est fêtée maintenant tous les ans, le 5 mai, en Corée du sud.
Beaucoup de choses ont changé depuis 1923.
Et si désormais les droits de l’enfant sont inscrits dans des lois, les histoires, elles, continuent à se tisser, parfois difficilement.
Il y a des enfants qui ont grandi entre deux langues. Entre plusieurs maisons.
Des enfants adopté·e·s, déplacé·e·s, qui portent des bouts d’histoire qu’on ne voit pas.
Des enfants qui ne rentrent pas dans les cases prévues.
Qui apprennent très tôt à se faire petit, à devenir sages, trop vite.
Parfois, l’amour semble conditionné.
Parfois, on oublie que le cœur d’un enfant peut être rempli de silences douloureux.
Et parfois, le “sosokgam” (소속감) — ce sentiment d’appartenance, de se sentir « chez soi » quelque part — manque.
Ou flotte.
Ou ne se fixe nulle part.
Et c’est peut-être là que le souffle de Bang Jeong Hwan rejoint nos pas, ici et ailleurs, hier et aujourd’hui.
Ce que Bang Jeong Hwan a semé, ce n’était pas réservé à un temps, ni à un pays.
C’était une invitation.
Pour toutes les personnes qui cherchent encore leur place entre deux terres.
Pour celles et ceux qui ont appris à vivre avec l’entre-deux.
Alors, sans grande déclaration, rappelle-toi simplement :
- Ton histoire compte, même si elle a été dispersée.
- Tes origines, ta manière d’être au monde, ne sont pas à écraser ou à effacer sous une norme ou une attente.
- Ce que tu es — là où tu es né.e, ce que tu traverses, ce que tu portes — a toute sa place.
- Même avec des absences, des silences ou des blessures, tu restes entier.e. Un être complet.
Et ce souffle de Bang Jeong Hwan, tu peux continuer à le sentir.
En t’écoutant.
En racontant.
En refusant de taire ce qui fait mal.
En construisant des ponts entre hier, aujourd’hui et demain.
Tu peux être un arbre aux racines multiples, profondes et lointaines.
Tu peux porter plusieurs terres dans ton cœur.
Tu peux inventer un foyer, doux, mouvant, une maison à l’intérieur où la grâce fleurit en douce abondance, un abri de gentillesse qui grandit toutes les choses les plus vraies.
Même si ton sentiment d’appartenance (소속감) est parfois fragile ou mêlé d’un sentiment d’étrangeté,
Tu peux créer des liens qui te reconnaissent.
Tu peux semer de la chaleur là où tu as froid.
Offrir un regard doux là où il y a des vides.
Ce que Bang Jeong Hwan a commencé, tu peux le continuer — avec ton histoire, tes gestes, ton art…
Et pendant que tu le fais…
Regarde maintenant comme tu t’épanouis.
À toi qui as fleuri entre deux terres, joyeux jour des enfants 두 땅 사이 어린이날 축하해요
Soo-ah G.M
//Texte écrit le 5-5-2025
// Peinture 19 avril 2025